Chute du cobalt : la RDC face au dilemme des quotas

La baisse de 31% du prix de l’hydroxyde de cobalt en Asie au troisième trimestre 2026 met à l’épreuve la stratégie congolaise de régulation du marché. Alors que les exportations congolaises semblent accélérer vers la Chine, Kinshasa doit désormais arbitrer entre le soutien aux cours, les recettes publiques et la compétitivité de son secteur minier. Un marché sous pression Entre juillet et septembre 2026, le prix de l’hydroxyde de cobalt, livré en Asie, a reculé de 31%, pour s’établir à 17,25 dollars la livre, soit environ 38 030 dollars la tonne, selon Benchmark Mineral Intelligence. L’institut attribue notamment cette correction à l’augmentation des exportations en provenance de la République démocratique du Congo, dans un contexte de demande encore insuffisante. Le mouvement est particulièrement visible dans les flux à destination de la Chine. Les importations chinoises d’hydroxyde de cobalt en provenance de la RDC auraient dépassé 10 000 tonnes en juin, contre environ 2 000 tonnes en mai. Cette progression rapide a renforcé la disponibilité du minerai sur le marché asiatique et accentué la pression sur les prix. La baisse du cobalt hydroxide intervient également alors que le prix du sulfate de cobalt en Chine a diminué de près de 30% au troisième trimestre, pour atteindre environ 58 000 yuans la tonne. Ce recul simultané signale une fragilisation plus large de la chaîne de valeur des batteries. Le pari des quotas congolais Pour limiter une offre excessive et mieux contrôler les exportations, la RDC a instauré un plafond annuel de 96 600 tonnes pour 2026 et 2027. Ce volume comprend 87 000 tonnes attribuées aux producteurs selon une clé de répartition historique, ainsi qu’un quota stratégique de 9 600 tonnes placé sous la gestion de l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques, l’ARECOMS. Ce dispositif représente une réduction importante par rapport aux volumes exportés avant la mise en place du régime de quotas. En 2024, les exportations congolaises de cobalt contenu dans l’hydroxyde étaient estimées à environ 199 000 tonnes, ce qui signifie que le plafond actuel correspond à près de la moitié de ce niveau.Sur le papier, la limitation des volumes doit contribuer à réduire l’excédent mondial et à soutenir les cours. Mais la chute observée au troisième trimestre montre que le mécanisme ne produit pas encore pleinement l’effet escompté. Une hausse ponctuelle des expéditions, des stocks accumulés ou une demande chinoise moins dynamique peuvent neutraliser l’impact d’un plafond annuel. Un équilibre difficile pour Kinshasa La RDC se trouve désormais face à trois objectifs difficiles à concilier : réduire les volumes afin d’éviter une nouvelle dégradation des prix ; préserver les recettes fiscales, parafiscales et en devises générées par le cobalt ; maintenir la rentabilité des producteurs et l’attractivité du secteur minier. Une réduction trop stricte des exportations pourrait soutenir les prix, mais elle risquerait de diminuer les rentrées publiques à court terme et de fragiliser les opérateurs dont les coûts sont élevés. À l’inverse, une utilisation trop souple des quotas pourrait accroître l’offre disponible en Asie et prolonger la baisse des cours. Le quota stratégique de 9 600 tonnes offre à l’État une marge de manœuvre. ARECOMS peut théoriquement l’utiliser pour répondre à des priorités nationales, lisser les volumes exportés ou compenser certains déséquilibres du marché. Toutefois, le caractère discrétionnaire de cette enveloppe pourrait aussi alimenter l’incertitude des producteurs et des acheteurs si les critères d’attribution ne sont pas suffisamment transparents. La question de l’exécution L’efficacité du régime dépendra moins du seul niveau nominal du quota que de son application concrète. Les opérateurs doivent pouvoir connaître à temps leurs volumes autorisés, accomplir les formalités douanières et expédier leur production sans blocages administratifs. Des difficultés liées à l’utilisation des quotas du premier semestre ont déjà suscité des inquiétudes chez certains exportateurs. Des retards dans les procédures et la récupération des volumes non utilisés pourraient perturber les calendriers d’expédition et provoquer des variations artificielles de l’offre sur le marché international.Pour éviter ces à-coups, Kinshasa pourrait renforcer la publication régulière des volumes autorisés, exportés et encore disponibles. Une meilleure visibilité permettrait aux producteurs, aux acheteurs chinois et aux investisseurs d’anticiper les flux plutôt que de réagir à des décisions ponctuelles.