L’espoir de renaissance de la Minière de Bakwanga (MIBA) reste suspendu à un chapelet de conditions préalables. Près de deux ans après l’annonce présidentielle du déblocage de 50 millions de dollars pour la relance de l’entreprise diamantifère, les fonds n’ont toujours pas été utilisés, leurs actionnaires ne parvenant pas à s’entendre sur les modalités de leur apport respectif. C’est le directeur général de la MIBA qui a levé le voile sur ce blocage, confirmant l’impasse dans laquelle se trouve l’ancien fleuron économique du Kasaï-Oriental.
Une promesse présidentielle en suspens
Lors de sa visite à Mbuji-Mayi en décembre 2024, le président Félix Tshisekedi avait annoncé une enveloppe de 50 millions de dollars pour redonner vie à la MIBA, promettant une surveillance rigoureuse de l’utilisation des fonds . Cette annonce avait suscité un immense espoir parmi la population et les travailleurs, qui accusent aujourd’hui plusieurs mois d’arriérés de salaire .
Cependant, cet argent, bien que disponible, n’a pas encore été décaissé. La raison ? Un désaccord persistant entre les deux actionnaires de la société : l’État congolais, qui détient 80% du capital, et le groupe privé ASA Resources, actionnaire minoritaire avec 20% des parts .
Des préalables imposés par les actionnaires
Le directeur général de la MIBA a indiqué que l’utilisation des fonds est conditionnée à la détermination préalable des apports de chaque actionnaire. Ce préalable s’ajoute à une série d’exigences formulées par le Conseil d’administration, notamment la réalisation d’un audit général et d’un inventaire complet du patrimoine de l’entreprise avant toute exécution du plan de relance .
« Les 50 millions sont bel et bien existants et disponibles pour la MIBA. Il y a aussi, selon les dernières informations, 20 millions de plus disponibles, ce qui fait plus de 70 millions de dollars américains pour pallier le budget du plan de relance minimum actuellement sous étude », a déclaré Jean-Charles Okoto, président du Conseil d’administration de la MIBA . Ce plan, évalué à environ 70 millions de dollars, vise une production de près de 2,5 millions de carats en 2026 .
La partie minoritaire, ASA Resources, serait appelée à mobiliser environ 12,5 millions de dollars pour accompagner le processus, une condition qui semble être un point de blocage majeur dans les négociations .
Un cri d’alarme des travailleurs et de la population
L’immobilisme actuel exaspère les travailleurs et la population de Mbuji-Mayi, qui voient leur avenir économique compromis. Les syndicats ont interpellé l’Assemblée provinciale du Kasaï-Oriental pour dénoncer la situation.
« Nous voulons que l’argent de cette année ne soit pas encore mis dans les arriérés que nous avons. Les gens se sont beaucoup endettés, ils ont des enfants qui doivent étudier, vraiment la vie ne tient pas », avait déclaré Febatard Ntumba, président du syndicat des travailleurs .
La jeunesse locale, qui brandissait des pancartes « Merci pour l’université mais qu’en est-il de la MIBA ? » lors de la visite présidentielle, ne cache plus son impatience . « Où sont partis nos 50 millions ? » s’interrogeait déjà Jean Mayamba, de l’association des enfants de travailleurs de la MIBA .
Une impasse qui paralyse l’économie régionale
Alors que la direction générale a déjà engagé des démarches, comme l’attribution provisoire de marchés pour l’acquisition d’équipements industriels , la validation du plan de relance et l’audit général apparaissent comme des étapes déterminantes avant toute utilisation effective des fonds.
Le temps presse pour la MIBA, autrefois capable de produire 6 à 8 millions de carats par an et de contribuer à hauteur de 10% aux revenus de l’État , aujourd’hui à l’arrêt et plombée par des conflits internes et des dettes sociales.
La clarification de la situation entre les deux actionnaires est désormais la clé pour débloquer la situation et permettre enfin la renaissance de cette entreprise emblématique du Kasaï-Oriental.
✍️ KIDIMBU POP



