À peine signé, déjà décrié. Le nouvel arrêté interministériel du 20 juillet 2026, qui fixe les droits, taxes et redevances perçus par le ministère de l’Économie numérique, fait l’effet d’une douche froide sur le monde des médias en ligne. Dans un pays où l’accès à l’information reste encore un luxe pour des millions de Congolais, les voix qui s’élèvent aujourd’hui dénoncent une mesure qui, sous couvert de régulation, pourrait bien asphyxier la jeune et fragile presse numérique congolaise. Car derrière les termes administratifs et les bonnes intentions affichées, c’est tout un écosystème qui tremble.
Signé par les ministres de l’économie numérique et des finances, le texte impose une cascade de frais : autorisations, agréments, renouvellements annuels, pénalités en cas de retard… Une litanie de charges qui vise les plateformes numériques, les services de communication, les sites de diffusion de contenus, les applications et les hébergeurs. La presse écrite traditionnelle y échappe, mais les médias nés sur Internet, eux, sont dans le viseur.
Un site d’information, une application mobile, une chaîne YouTube d’actualité : tous pourraient devoir payer pour exister. Comme si l’on demandait à un journaliste de s’acquitter d’un droit d’entrée pour informer ses propres concitoyens.
Les patrons de rédactions, eux, ne mâchent pas leurs mots. Ils dénoncent une charge insoutenable pour des entreprises qui vivent déjà au rythme des clics et des publicités faméliques. Entre les coûts d’hébergement, les salaires des équipes et la concurrence des géants étrangers, la marge est infime. Ajouter une couche fiscale, c’est risquer de voir des rédactions entières baisser le rideau.
« On ne nous a pas consultés, on ne nous a pas écoutés, » confie, amer, un responsable de média joint par téléphone. « Ce texte va tuer le journalisme indépendant avant même qu’il ait eu le temps de grandir. »
Le gouvernement, de son côté, assume. L’arrêté vise à encadrer un secteur encore trop sauvage, à sécuriser l’environnement numérique et à renflouer les caisses de l’État. Des objectifs louables, sur le papier. Mais à quel prix ? Car en l’état, le texte ne fait aucune distinction entre un géant du streaming et une petite rédaction de quartier. Pas de régime dérogatoire, pas de mesure d’accompagnement pour les acteurs locaux. Une uniformité fiscale qui, dans les faits, profite aux plus gros et étrangle les plus petits.
Au final, ce n’est pas seulement une question d’argent. C’est une question de liberté. La liberté d’informer, de critiquer, de raconter le Congo sans filtre. En imposant une facture à l’entrée du monde numérique, l’État risque de refermer la porte à une génération de jeunes journalistes qui voyaient dans le web un espace d’expression et d’émancipation. Le débat est lancé, et il est brûlant : comment concilier la nécessaire régulation d’une économie en plein essor avec la préservation d’une presse libre, diverse et accessible à tous ? La réponse, pour l’instant, reste suspendue aux prochaines discussions. Mais une chose est sûre : dans les rédactions congolaises, la plume tremble, et l’angoisse monte.



