L’ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), Jean-Claude Masangu Mulongo, a affirmé avoir mobilisé environ 60% des avoirs disponibles de l’institution pour racheter les devises de la Gécamines au taux parallèle.
« J’avais vidé le coffre-fort de la Banque centrale à concurrence de 60% », a-t-il déclaré, précisant toutefois ne pas être certain du chiffre exact. « Ça m’a fait très, très, très mal », a-t-il ajouté.
Une décision prise sous pression
L’ancien patron de la BCC (1997-2013) est revenu sur une période marquée par la guerre, la crise de la Gécamines et une forte pression sur le franc congolais. Selon son récit, la Banque centrale avait promis d’acheter les devises de la société minière en les payant en francs congolais au taux parallèle, alors très supérieur au taux officiel.
Cette opération, destinée à aider la Gécamines, aurait considérablement entamé les réserves de la BCC. Masangu Mulongo la présente aujourd’hui comme une décision douloureuse, mais aussi comme l’un des éléments qui l’ont convaincu de la nécessité d’abandonner un régime de change administré au profit d’un régime plus flexible.
Le prix du soutien à l’État et aux entreprises publiques
L’ancien gouverneur a également reconnu que la BCC n’était pas indépendante du pouvoir politique durant son mandat. Sous Laurent-Désiré Kabila, affirme-t-il, l’institution était placée sous la tutelle de la présidence, qui fixait elle-même le taux de change. Sous Joseph Kabila, il décrit une indépendance « moitié-moitié » : la BCC disposait de ses instruments de politique monétaire, mais continuait à financer l’État faute d’un marché financier local suffisamment développé.
Ces révélations illustrent les tensions entre stabilité monétaire, financement de l’économie réelle et pressions politiques. Dans un pays exportateur de matières premières, le sort de la Gécamines, employeur majeur et acteur stratégique pesait directement sur les équilibres macroéconomiques et sur la confiance dans la monnaie nationale.
Vers le change flottant
Pour Masangu Mulongo, l’épisode a montré les limites d’un taux de change officiel maintenu artificiellement alors que le marché parallèle s’écartait fortement de la réalité. Le passage ultérieur à un régime de change flottant visait précisément à réduire ces écarts, à restaurer la crédibilité de la BCC et à limiter les sorties massives de réserves.
L’ancien gouverneur estime par ailleurs que la BCC est aujourd’hui « complètement indépendante » et qu’elle ne finance plus l’État. Il appelle aussi à renforcer progressivement le rôle du franc congolais, tout en soulignant que la dédollarisation de l’économie sera un processus de long terme, estimé à 10 à 15 ans.




