Lorsque la plénière du Groupe d’action financière (GAFI) annonce que la République démocratique du Congo est retirée de sa liste de surveillance renforcée, Kinshasa achève une métamorphose de quatre ans : passer d’un pays sommé de se corriger à un pays capable de le prouver. Vingt-trois mesures exécutées, dix rapports d’étape pour en tracer chaque étape, une mission d’évaluation sur le terrain pour le vérifier : le parcours est documenté, mesurable, et désormais reconnu.
De 5 mesures à 23 : le test de l’exécution
Le point de départ n’a rien de glorieux. En octobre 2022, le GAFI place la RDC sur sa liste grise, en raison de « défaillances stratégiques » dans son dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Kinshasa s’engage alors à exécuter un plan de 23 mesures. Mais en juin 2024, seules cinq sont réalisées. Le véritable tournant intervient lorsque la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka et le Ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde prennent la coordination du processus, les 18 mesures restantes seront exécutées jusqu’en juin 2026, date à laquelle le GAFI reconnaît leur achèvement substantiel. Prenne construction
Dix rapports d’étape documentent ce parcours. En septembre 2026, une mission d’évaluation du GAFI se rend à Kinshasa pour vérifier que les réformes fonctionnent réellement, et ne restent pas sur le papier. Un mois plus tard, le verdict tombe : la RDC a exécuté son plan dans les délais et sort du régime de surveillance renforcée.
Des résultats chiffrés : 540 contrôles, 100 poursuites, 46,75 millions USD
Selon le ministère des Finances, entre 2022 et décembre 2025, environ 540 contrôles ont été effectués par les autorités de supervision, notamment la CENAREF, l’ARCA et la Banque Centrale du Congo. Sur cette base, les autorités judiciaires ont engagé près de 100 poursuites sur 246 enquêtes ouvertes, aboutissant à 31 saisies et 13 confiscations d’avoirs d’origine criminelle, pour un montant global estimé à 46,75 millions USD.
La portée de ces chiffres tient moins à leur volume qu’à leur vérifiabilité. Pour un pays dont la capacité de supervision était précisément mise en cause, produire des résultats d’enquête et de répression capables de résister à l’examen d’une mission internationale constitue en soi une preuve de renforcement institutionnel. La Banque Centrale du Congo, sous la conduite d’André Wameso, a parallèlement consolidé son cadre de supervision bancaire fondé sur les risques, modernisé ses contrôles et renforcé le suivi des transactions financières.
La logique économique : ce que la sortie de liste change réellement
L’effet économique direct de la sortie de la liste grise réside dans la réparation attendue des relations de banque correspondante. Le Ministre Doudou Fwamba évoque une décision qui « réduit les coûts et les frictions des transactions transfrontalières pour les banques, les entreprises et les citoyens congolais », et soutient les relations de correspondance bancaire ainsi que la confiance des investisseurs. Pour une économie fortement dépendante des capitaux extérieurs et du commerce transfrontalier, l’enjeu dépasse largement le symbole.
Il convient toutefois de rester prudent : la sortie de la liste grise ne se traduit pas automatiquement par une baisse du coût de financement ou un afflux d’investissements. L’effet réel dépendra de la manière dont les institutions financières internationales et les contreparties évalueront la capacité de la RDC à maintenir sa conformité dans la durée.
Par ailleurs, le maintien du taux directeur à 12,5 % et des réserves internationales à 7,8 milliards USD fin septembre 2026, s’ils sont distincts des exigences du GAFI, composent un environnement macroéconomique plus stable qui rend les réformes de gouvernance financière plus crédibles aux yeux des partenaires internationaux.
L’héritage institutionnel compte plus que le statut sur une liste
La valeur profonde de cette sortie de liste réside dans la validation d’un mécanisme de coordination interinstitutionnelle. Le ministère des Finances, la Banque Centrale, la CENAREF, l’ARCA et le système judiciaire ont travaillé sur un même calendrier, accomplissant la chaîne complète : révision législative, développement d’outils de supervision, puis application effective. La logique d’évaluation du GAFI est précisément celle-là : elle ne regarde pas seulement les lois écrites, mais combien de personnes ont été poursuivies, combien d’avoirs ont été gelés, combien d’institutions ont été contrôlées.
La « volonté politique » du Président Félix Tshisekedi est invoquée à plusieurs reprises dans les déclarations officielles, et c’est incontestablement une partie de la réalité. Mais ce qui mérite d’être retenu, c’est qu’un système de supervision financière jusque-là dispersé a été transformé, sous la pression externe et grâce à la coordination interne, en un dispositif capable de produire des résultats vérifiables. L’étiquette de la liste grise peut être retirée ; l’institution, elle, reste. Pour un pays qui avance encore sous de multiples contraintes sécuritaires et économiques, c’est cela qui compte vraiment.




