Transport urbain : les ménages sous pression face aux nouveaux tarifs
Prendre les transports en commun est devenu un véritable parcours du combattant pour les habitants des grandes villes de la République Démocratique du Congo, et plus particulièrement à Kinshasa. Depuis plusieurs semaines, une zone de fortes turbulences secoue le secteur, marquée par une hausse généralisée, incontrôlée et anarchique des prix des courses. Entre l’incapacité de régulation des autorités et le diktat des transporteurs, le budget des ménages, déjà asphyxié par la conjoncture économique, est en train d’exploser.
Le règne de l’anarchie et du « demi-terrain »
Sur le terrain, les grilles tarifaires officielles publiées par l’Hôtel de Ville ne sont plus que de lointains souvenirs. À l’arrêt Kintambo-Magasin, à l’UPN, ou au Rond-Point Ngaba, le constat est identique : les tarifs fluctuent d’heure en heure, parfois en l’espace de quelques minutes. Dès que la pluie menace, que les embouteillages se densifient ou que la nuit tombe, les prix passent du simple au double, voire au triple.
Pour maximiser leurs gains, les chauffeurs et leurs receveurs appliquent de force le système du « demi-terrain » (le fractionnement des itinéraires en plusieurs tronçons payants). Pour un trajet qui coûtait initialement 1 000 ou 1 500 Francs congolais, un usager se voit contraint de débourser aujourd’hui jusqu’à 3 000 ou 4 000 Francs pour arriver à destination, en changeant deux à trois fois de véhicule. Devant les arrêts de bus, la tension est palpable, les altercations quotidiennes, mais épuisés par la fatigue, les citoyens finissent par céder, la peur de rentrer tard l’emportant sur la contestation.
Des budgets familiaux asphyxiés
Cette tarification fluctuante pèse lourdement sur le portefeuille des familles. Dans des ménages où les revenus stagnent, la part budgétaire allouée au transport a bondi pour atteindre parfois plus de 40 % des revenus mensuels. Pour de nombreux parents, le calcul devient impossible : s’acquitter du prix du transport signifie rogner directement sur le panier de la ménagère ou sur les frais de scolarité des enfants. Certains travailleurs et étudiants confient n’avoir d’autre choix que de parcourir quotidiennement de longues distances à pied — ce qu’on appelle localement le « pas de gymnastique » — pour économiser les quelques billets nécessaires à la survie de la famille.
Le silence et l’inaction des autorités pointés du doigt
Face à cette détresse sociale, le sentiment d’abandon est généralisé. Malgré les dénonciations régulières au sein de l’Assemblée provinciale et les rappels à l’ordre formels, le suivi et le contrôle sur le terrain restent quasiment inexistants. Les usagers déplorent l’inaction des services de transport et de la police routière, accusés parfois de complicité passive face aux pratiques abusives des chauffeurs et des chargeurs informels qui dictent leur loi sur la voie publique.
Sans une politique publique de transport rigoureuse, une relance effective des bus étatiques et de véritables sanctions contre les spéculateurs, le transport urbain continuera d’être l’un des principaux facteurs de précarisation des ménages congolais.



