Ce jeudi 23 juillet, au Centre financier de Kinshasa, le vice-ministre du Budget, Élysé Bokumwana Maposo, a reçu l’intersyndicale de l’administration. Au nom du VPM Adolphe Muzito, dit le communiqué. Mais au fond, cette rencontre est-elle une avancée sociale ou une simple opération de communication pour désamorcer une crise qui couve ?
Soyons francs : quand le numéro un du Budget délègue son vice-ministre pour écouter les revendications des agents, on peut légitimement s’interroger sur la priorité accordée à la question sociale. Les agents réclament l’amélioration de leurs conditions, des salaires dignes, des primes, des perspectives mais en face, ils ont eu droit à des promesses de « discussions poursuivies » et un « esprit de dialogue » aussi flou que les lignes budgétaires de l’État.
Le président de l’intersyndicale, Romain Nkita, salue l’ouverture et annonce un service minimum. Un geste responsable, certes. Mais que cache ce service minimum ? Une trêve fragile, ou une reconnaissance tacite que le mouvement aurait pu être plus radical ? En maintenant la pression tout en jouant le jeu de la négociation, l’intersyndicale montre sa maturité, mais aussi sa faiblesse, elle accepte un calendrier (une réunion élargie samedi avec le ministère des Finances) sans garantie de résultats.
Car le vrai problème est ailleurs. Les revendications du Budget ont des « ramifications » aux Finances, reconnaît M. Nkita. Autrement dit, le ministère du Budget, censé piloter les deniers publics, n’a même pas la main sur le sort de ses propres agents. Ironie de l’histoire, ceux qui gèrent le nerf de la guerre sont dépendants d’un autre cabinet pour leurs conditions de travail.
Et Adolphe Muzito dans tout ça ?
Absent. Silencieux. En confiant la séance à son vice-ministre, il s’offre une porte de sortie : si les négociations échouent, la responsabilité pourra être partagée. Si elles réussissent, il en récoltera les lauriers. Une stratégie politique classique, mais qui frise l’insulte envers des agents qui attendent des actes, pas des pirouettes.
Le dialogue social est louable, mais à Kinshasa, il a souvent un goût de déjà-vu. On écoute, on promet, on renvoie à une prochaine réunion, et le statu quo demeure. L’intersyndicale a raison d’exiger des « solutions durables et concertées ». Mais elles ne viendront pas d’une réunion élargie entre cabinets, aussi courtoise soit-elle. Elles viendront d’une volonté politique claire d’augmenter le budget de fonctionnement de l’administration, quitte à rogner sur d’autres postes.
En attendant, les agents sont invités à « rester mobilisés ». Belle formule. Mais mobilisés pour quoi ? Pour attendre encore ? Le service minimum est un geste de bonne foi, mais il ne doit pas devenir une routine. Si samedi, la réunion avec les Finances n’accouche pas de mesures chiffrées, il faudra que l’intersyndicale passe de la parole aux actes. Car, au nom du VPM Muzito, le dialogue ne doit pas servir à gagner du temps, mais à gagner des droits.
Sinon, ce 23 juillet restera dans les annales comme un énième round de boxe sans KO, où l’administration a esquivé, et les syndicats, encaissé.



