Lualaba : les « creuseurs » de KCC deviennent légaux, la ZEA 786 ouvre (enfin) ses portes

Fin du statut de fantômes pour 5 000 creuseurs du Lualaba. Direction Kasulo, où la toute première Zone d’Exploitation Artisanale (ZEA) viable du pays a été officiellement bénie, par les autorités. Adieu le site T17, niché illégalement dans le périmètre de la géante Kamoto Copper Company (KCC) , un voisinage trop encombrant pour le géant cuprifère et bonjour la ZEA 786, nouveau sanctuaire du creusage made in RDC. Sur le papier, c’est une petite révolution : 5 000 exploitants sortent de l’ombre, échangent leur statut de « clandestins » contre une carte de membre d’une coopérative, et promettent de ne plus squatter les concessions industrielles. Dans les faits, c’est la concrétisation d’une promesse martelée par le ministre des mines Louis Watum, qui peut enfin cocher une case de sa longue liste de réformes. La cérémonie, présidée par le patron du SAEMAPE, Jean-Paul Kapongo, en présence de la Gouverneure Fifi Masuka, avait des airs de grand messe : autorités, techniciens, représentants des coopératives tout le représentant minier artisanal était là pour marquer le coup. Mais ne boudons pas notre plaisir, une ZEA, c’est d’abord un cadre légal, des règles, et une traçabilité censée faire fuir la contrebande et les trafics en tout genre. Reste à savoir si cette zone pilote ne deviendra pas, comme trop d’autres avant elle, une simple vitrine administrative avant que la réalité du terrain manque d’équipements, pression fiscale, et concurrence sauvage ne vienne gripper la machine. En attendant, les 5 000 chanceux de Kasulo ont désormais un toit (minier) et un statut. Leur seul vrai patron, désormais, c’est la loi. À eux de ne pas la décevoir.

L’or artisanal en RDC : Le casse-tête de la traçabilité à l’ère de la conformité globale

Pendant des décennies, l’or artisanal en République Démocratique du Congo a alimenté une économie de l’ombre. Extraction informelle, réseaux de contrebande transfrontaliers et circuits financiers opaques ont privé l’État congolais de centaines de millions de dollars de recettes fiscales. Aujourd’hui, face au durcissement des réglementations internationales sur les « minerais de conflit » et aux exigences croissantes d’achats responsables, la traçabilité de l’or de mine (issu de l’exploitation artisanale) est devenue le principal défi économique du secteur. Le nœud du problème réside dans la complexité de la chaîne d’approvisionnement. Du creuseur artisanal situé au fin fond de l’Ituri ou du Sud-Kivu jusqu’aux raffineries internationales basées à Dubaï, en Suisse ou en Inde, le métal précieux change de mains à de multiples reprises. À chaque intermédiaire, le risque de « blanchiment » d’or issu de zones de conflit ou de sites exploitant des mineurs mineurs augmente. Pour assainir la filière, des initiatives de certification (comme les guides de l’OCDE) tentent de s’imposer. La RDC a également vu naître des structures publiques et des partenariats comme Primera Gold, visant à canaliser l’or artisanal vers des circuits officiels en proposant des incitations financières et une bancarisation des acteurs locaux. L’objectif est double : sécuriser les revenus des creuseurs et capter la fiscalité minière au profit du Trésor public. Cependant, la numérisation complète de cette chaîne reste un défi colossal. L’intégration de technologies avancées comme la blockchain pour créer des passeports numériques du produit se heurte à la réalité du terrain : manque d’infrastructures de communication dans les zones minières reculées et résistance des réseaux informels bien ancrés. Sans une traçabilité totale et infalsifiable, l’or artisanal congolais risque l’exclusion des marchés internationaux légitimes, de plus en plus exigeants sur l’éthique de leurs approvisionnements.