Créé pour préparer l’après-mine et léguer des richesses aux générations futures, le Fonds Minier pour les Générations Futures (FOMIN) a encaissé 857 millions de dollars américains entre 2020 et 2025 . Une manne conséquente qui soulève pourtant plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Entre opaques investissements, financements controversés, et menaces de détournement, la gestion de ce fonds public est dans le viseur de la société civile. Décryptage.
Où est passé l’argent ?
Si les recettes ont largement dépassé les prévisions (134 % de taux de réalisation), la question de l’utilisation des fonds reste centrale. Sur la période, seuls 441 millions USD ont été dépensés pour financer 11 projets, soit un peu plus de la moitié des encaissements . Cela signifie que près de 415 millions USD dorment encore sur les comptes sans affectation claire .
Parmi les investissements recensés par les ONG de surveillance (Afrewatch, La Sentinelle), on retrouve :
· 100 millions USD dans le projet de barrage hydroélectrique de Katende (Kasaï) ;
· 100 millions USD placés en bons du Trésor auprès de la Banque Centrale du Congo ;
· 50 millions USD pris dans le capital de DRC Gold Trading SA (ex-Primera Gold) ;
· 17 millions USD pour la rénovation du laboratoire du CEEC.
Un placement qui rapporte peu
Le FOMIN est censé faire fructifier ses actifs. L’un des rares placements documentés, les 100 millions USD en obligations du Trésor, rapporte selon son directeur général environ 4 % par an . Un rendement modeste, qui interroge sur la performance globale du fonds.
Une gestion sous influence politique
Le vrai problème réside dans le pilotage du FOMIN. Selon les enquêtes de la société civile, ce ne sont pas les experts du fonds qui décident des investissements, mais le Gouvernement et la Présidence de la République . Résultat : des financements sont décidés sans études de rentabilité préalables ni plan d’investissement clair, ce qui s’éloigne de la mission première du FOMIN .
De plus, l’opacité règne : les rapports annuels, les audits et les états financiers ne sont pas publiés, en violation du décret de 2023 qui exige pourtant cette transparence .
Pourquoi créer un deuxième fonds ? La menace sur le FOMIN
C’est le point de tension majeur. La loi prévoit désormais qu’une partie des ressources du FOMIN alimente un autre fonds pour deux raisons principales :
- La baisse illégale de sa part de la redevance minière
Initialement fixée à 10 % de la redevance minière, la part reversée au FOMIN a été réduite à 8 % en faveur du FONAREV (Fonds de réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits) . Une décision jugée illégale par les observateurs car elle ne repose sur aucune modification du Code minier . - La création du Fonds Souverain et du FIS
Le Gouvernement souhaite créer un Fonds Souverain pour financer les infrastructures et la diversification économique, en utilisant le FOMIN comme réservoir . Plus concrètement, le projet de loi de finances 2026 prévoit de ponctionner 30 % des ressources du FOMIN pour alimenter le Fonds d’Investissement Stratégique (FIS) .
Cette double menace est dénoncée par Afrewatch : elle conduirait à la « disparition certaine du FOMIN » en vidant ses caisses de sa substance . Pourtant, le principe d’« indisponibilité » des ressources du FOMIN à toute dépense courante, prévu par la loi, interdit ce type de transfert pour financer le budget de l’État .
La société civile exige des comptes
Face à ce qu’elle qualifie de « gouvernance cavalière » et de « détournement de destination », la société civile, à travers les ONG La Sentinelle et Afrewatch, réclame un audit indépendant . L’objectif est de clarifier l’utilisation des 857 millions USD et de garantir que le FOMIN serve bien à préparer l’avenir des Congolais, et non à financer des projets sans rapport avec sa mission.




