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Kwango : la mystérieuse disparition des 13 milliards FC destinés à l’agriculture

Par Rédaction ECOFISC

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Près de 6 millions de dollars soit 12 955 022 527 francs congolais destinés à soutenir l’agriculture dans la province du Kwango sont au cœur d’une mise en demeure de l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC). Le ministère provincial conteste avoir reçu ces fonds, tandis que des données du Trésor public évoquent des décaissements vers des comptes associés au ministère. Entre les deux versions, l’argent public reste à justifier.

Une enveloppe au cœur du dossier

L’APLC a adressé, le 20 octobre, une note d’observation assortie d’une procédure d’urgence au ministère provincial de l’Agriculture du Kwango. Elle y réclame des pièces justificatives sur l’utilisation réelle d’une enveloppe de 12,955 milliards de francs congolais, présentée comme mise à disposition au titre des exercices budgétaires 2025 et 2026.

Selon les recoupements effectués par l’Agence avec la coordination informatique et interministérielle du ministère du Budget, les fonds auraient été décaissés par le Trésor public et logés dans plusieurs comptes associés au code 0420, notamment auprès d’Equity, Sofibanque et First Bank DRC.

Les lignes budgétaires citées concernent notamment le fonctionnement du cabinet ministériel, l’acquisition d’équipements agro-sylvo-pastoraux, le suivi des campagnes agricoles, l’appui aux producteurs de cacao, l’achat de semences et de manioc, ainsi que la production d’engrais biologiques.

Des montants détaillés, des preuves attendues

Pour l’exercice 2025, l’APLC mentionne notamment 3,573 milliards de FC pour le cabinet de la ministre provinciale, une somme identique pour l’acquisition d’équipements agro-sylvo-pastoraux, 600 millions pour la gestion et le suivi de la campagne agricole, 300 millions pour les producteurs de cacao et 709,4 millions destinés à AGRISCO COMPANY SARL pour des semences locales et du manioc. Une enveloppe de 2,714 milliards est également associée à la campagne agricole 2025-2026, tandis que 200 millions sont prévus pour la production d’engrais biologiques.

Pour 2026, deux lignes de 642,9 millions de FC chacune sont évoquées : l’une pour le cabinet ministériel, l’autre pour l’acquisition d’équipements agro-sylvo-pastoraux.

Toutefois, une inscription budgétaire ne prouve pas une dépense, et un décaissement signalé n’établit pas, à lui seul, un détournement. Le nœud du dossier réside dans la capacité des autorités à retracer les mouvements financiers, identifier les bénéficiaires effectifs et démontrer la conformité des dépenses avec leur destination annoncée.

Quarante-huit heures pour répondre

Dans sa correspondance, l’APLC demande au ministère provincial de produire les documents attestant l’utilisation effective des fonds. La note est adressée à la ministre provinciale de l’Agriculture, avec copie au gouverneur du Kwango et au Comptable public principal identifié par le code 0420.

Le délai imparti est de 48 heures après réception du document. À défaut, l’Agence annonce l’établissement d’un procès-verbal de constat, une étape susceptible de formaliser les manquements relevés et de faire progresser la procédure.

La note porte les signatures du contrôleur DPI Malundama Luemba Serge, de l’auditrice DPI Mondji Bolanturu Melanie et du chargé d’études APLC Muteba Nkuyi Daddy.

La ministre nie toute réception

Face à ces accusations, la ministre provinciale de l’Agriculture, Josée Lulengwa, a opposé un démenti catégorique dans une correspondance datée du 21 octobre. Elle affirme que son ministère n’a jamais été notifié des opérations alléguées et ne dispose d’aucun compte bancaire ouvert en son nom pour recevoir des fonds du Trésor public.

Elle soutient également n’avoir reçu « aucune somme quelconque » durant la période considérée, ni dans le cadre des activités ciblées. Le gouvernement provincial demande dès lors la poursuite des investigations afin d’identifier les véritables bénéficiaires des paiements concernés.

Deux récits s’affrontent donc : d’un côté, des données de décaissement et des références bancaires recoupées par l’APLC ; de l’autre, une responsable provinciale qui nie avoir bénéficié de l’argent. Seuls des relevés bancaires, des ordres de paiement, des documents du Trésor et l’identification des personnes habilitées à gérer les comptes pourront trancher.

La société civile réclame la lumière

Le cadre de concertation de la société civile du Kwango a exprimé son inquiétude quant à la traçabilité des ressources publiques et à la transparence de leur gestion. Son vice-président, Symphorien Kwengo, a exigé que toute la lumière soit faite, que le circuit financier soit retracé et que les responsabilités éventuelles soient établies.

« Si les investigations confirment des actes de détournement, de fraude ou toute autre irrégularité financière, nous demandons que les personnes impliquées répondent de leurs actes devant les instances compétentes », a-t-il déclaré.

Une question au-delà du dossier

Au-delà du bras de fer administratif, l’affaire interroge le sort concret des moyens annoncés pour les agriculteurs du Kwango. Dans une province où l’agriculture conditionne les revenus des producteurs, l’approvisionnement des marchés et le développement rural, chaque franc engagé devrait pouvoir être relié à une dépense vérifiable et, lorsque prévu, à un résultat tangible.

À ce stade, aucun détournement n’est juridiquement établi. Mais la contradiction entre les décaissements signalés et le démenti du ministère justifie une vérification rigoureuse, indépendante et documentée. Car l’enjeu dépasse les protagonistes : il touche à la confiance publique dans la capacité des institutions à faire parvenir l’argent destiné aux semences, aux équipements et aux producteurs jusqu’à sa destination finale.

✍️ KIDIMBU POP

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Rédaction ECOFISC

La rédaction d'ECOFISC couvre l'économie, la fiscalité, les entreprises et les enjeux financiers en République Démocratique du Congo.

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