Budget 2027 : Adolphe Muzito lance les conférences budgétaires à Kinshasa

Le Vice-Premier ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito, a donné le coup d’envoi des conférences budgétaires 2027 ce mercredi au centre financier de Kinshasa. Pendant 10 jours, experts et administrateurs vont plancher sur l’élaboration de l’avant-projet de loi des finances 2027. Devant les membres du gouvernement, les chefs d’institutions et les partenaires techniques, Adolphe Muzito a souhaité que ces assises soient marquées par la vérité budgétaire et la responsabilité. Il a réaffirmé la volonté du gouvernement de déposer le projet de loi dans les délais constitutionnels. Le Vice-Premier ministre a appelé à améliorer la qualité des projections, à mieux appréhender les recettes minières et à renforcer la traçabilité des flux financiers, afin de préserver la soutenabilité de la politique budgétaire de la RDC. Il a salué l’engagement du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, dont la vision permet au pays de maintenir le cap de la stabilité macroéconomique, de la construction des infrastructures et de l’amélioration des conditions sociales de la population. La RDC affiche une dynamique de progression économique. Le taux de pression fiscale devrait passer de 12,5 % cette année à 14% en 2027, puis atteindre 17% à l’horizon 2035. Les recettes courantes suivraient cette courbe ascendante, passant de 15,3 milliards de dollars en 2026 à 17 milliards en 2027, avec un objectif de 40 milliards d’ici 2035. Pendant ces 10 jours, les experts devront examiner les besoins de fonctionnement des services, identifier les risques budgétaires et transformer davantage la croissance économique en recettes publiques. La secrétaire générale au Budget, a souligné que l’accent sera mis sur le basculement vers le budget-programme et sur des prévisions plus fiables, conformément aux orientations de la Première ministre. Le gouvernement entend finaliser cette mutation tout en élargissant l’assiette fiscale, afin de financer les priorités nationales déclinées dans le Programme d’Actions.

MIBA : les 8 syndicats dénoncent une « spoliation organisée » de son patrimoine foncier à Mbuji-Mayi

Un vent de colère souffle sur la cité diamantifère du Kasaï-Oriental. Les huit syndicats de la Minière de Bakwanga (MIBA) tirent la sonnette d’alarme face à ce qu’ils qualifient de « spoliation organisée » des terrains de l’entreprise publique. En cause, un morcellement et un lotissement jugés irréguliers d’une parcelle stratégique située en plein cœur de Mbuji-Mayi, le long de l’avenue Fatshi. Un patrimoine grignoté aux portes de l’entreprise Selon les représentants des travailleurs, l’assiette litigieuse s’étend entre le Guest House de la MIBA et l’espace pelouse appartenant à la société. Une bande de terre qui, jusqu’à récemment, faisait partie intégrante du domaine de l’État. Or, des investigations syndicales révèlent que cette parcelle serait en cours de découpage en lots, laissant présager une vente ou une attribution à des tiers. Pour les syndicalistes, cette opération est entachée d’irrégularités manifestes. « Nous assistons, impuissants, à un dépeçage méthodique de ce qui reste du patrimoine de la MIBA », s’insurgent-ils dans leur mémorandum, exigeant que le gouvernement mette fin à ce qu’ils estiment être une « mainmise illégale ». Un document officiel contesté et un appel à l’arbitrage ministériel Face à l’avancée des travaux, les syndicats ont interpellé la hiérarchie. Ils réclament une intervention urgente et ferme de la ministre du Portefeuille, ainsi que du Conseil d’administration et de la Direction générale, afin de protéger les intérêts de l’entreprise. Cependant, l’affaire se complique. Du côté des travailleurs, on murmure que les initiateurs de ce lotissement se prévalent d’un document signé par une autorité provinciale. Un élément qui, s’il venait à être confirmé, placerait le gouvernement provincial au cœur de la polémique. Les syndicats mettent en garde : « Aucune autorité administrative, provinciale ou nationale, n’a le droit de disposer du patrimoine de la MIBA sans le consentement de ses organes de gestion. » La MIBA, fragilisée, menacée de perdre ses dernières assises Cette nouvelle affaire tombe dans un contexte économique déjà critique pour la MIBA. L’entreprise, qui peine à se relancer après des années de crise structurelle et de baisse de production, risque de voir son patrimoine foncier, l’une de ses dernières valeurs refuges, se réduire comme une peau de chagrin. « À force de grignoter les terrains, que restera-t-il de la MIBA demain ? » s’interrogent les employés, craignant que cette spoliation ne compromette définitivement toute perspective de redressement. Alors que l’entreprise tente de survivre, ce conflit foncier illustre une fois de plus les difficultés de l’État congolais à protéger ses fleurons industriels contre les convoitises locales. Les syndicats promettent de ne pas en rester là. Ils menacent de recourir à des moyens plus radicaux si aucune réponse n’est apportée à leur requête dans les plus brefs délais. ✍️ RABY MBUYI / MBUJI MAYI

Hydrocarbures : La RDC et l’Angola scellent à Luanda une nouvelle ère de coopération dans le Bloc 14

Dans la capitale angolaise, un vent nouveau souffle sur la coopération énergétique entre Kinshasa et Luanda. La signature de l’avenant au Contrat de Partage de Production (CPP) du Bloc 14/23 marque l’achèvement de presque vingt ans de négociations et l’entrée dans une phase opérationnelle déterminante pour la Zone d’Intérêt Commun (ZIC). Entre les côtes de Muanda, à l’ouest de la RDC, et l’enclave angolaise de Cabinda, les eaux profondes de l’Atlantique recèlent un potentiel fossile longtemps resté en suspens. Ce n’est désormais plus qu’un souvenir. La signature de cet avenant, fruit d’un patient travail diplomatique, consacre la mise en œuvre effective d’une gouvernance partagée, inscrivant dans le marbre une répartition équilibrée des responsabilités et des revenus. Un partenariat stratégique enfin consolidé Si le mémorandum de 2004 avait jeté les bases d’un partage d’intérêts à parts égales (50 % – 50 %) au sein de la ZIC, les années qui ont suivi ont vu ce cadre juridique se densifier et se préciser. L’accord de Luanda parachève ce processus, en transformant un engagement politique en un outil opérationnel concret. Désormais, les opérateurs des deux bords disposent d’un référentiel clair pour lancer les études sismiques, les forages d’exploration et la production à venir.Cet accord ne se limite pas à une simple répartition comptable ; il incarne une vision commune de valorisation des ressources transfrontalières, où les deux États s’érigent en co-gestionnaires avisés de leur patrimoine énergétique. En excluant du périmètre les gisements déjà matures, les parties ont su préserver les intérêts acquis tout en ouvrant un champ d’exploration inédit pour l’avenir. L’ambition commune : des retombées pour les deux nations Avec la levée des derniers verrous juridiques, les projecteurs se tournent désormais vers les opérations techniques et financières. Le Bloc 14/23, longtemps perçu comme un chantier diplomatique, devient un véritable projet de développement. Les retombées escomptées sont multiples : recettes fiscales supplémentaires pour les caisses publiques, transferts de compétences, et renforcement de l’industrie locale des hydrocarbures.Pour l’Angola, partenaire historique et expérimenté du secteur pétrolier, cet accord conforte sa position de hub énergétique régional. Pour la RDC, il représente une avancée majeure dans la souveraineté et la valorisation de ses ressources maritimes. Au-delà du pétrole, c’est un levier de développement qui s’active, une promesse de revenus durables pour financer les infrastructures et la diversification économique. Une page d’histoire commune Sur le plan politique, certains analystes saluent l’habileté du président Félix Tshisekedi dans cette conclusion, tandis que d’autres y voient simplement l’aboutissement logique d’un processus initié par ses prédécesseurs. Qu’importe le prisme, un fait demeure : Kinshasa et Luanda viennent de prouver qu’un dialogue constant et sincère permet de transformer une frontière maritime en pont énergétique. Cette coopération exemplaire, loin des crispations parfois observées ailleurs sur le continent, redessine les contours d’une Afrique centrale unie par ses ressources.Avec cet avenant, la RDC et l’Angola tournent une page historique, celle d’une attente trop longue, pour écrire celle d’une exploitation conjointe, responsable et prometteuse . Les deux pays, désormais alignés, tracent ensemble la route d’un avenir où les hydrocarbures ne sont plus une source de discorde, mais un ciment stratégique entre voisins.

La RDC en première ligne à Abidjan pour les assises stratégiques de l’intégration africaine

La capitale ivoirienne vibre ce jour au rythme des grandes décisions économiques du continent. S’ouvrent officiellement, sous les projecteurs du Palais des Congrès, la 9ème session du Comité Technique Spécialisé sur les Finances, les Affaires Monétaires, la Planification Économique et l’Intégration, couplée à la 5ème session du Comité Technique Spécialisé sur le Commerce, le Tourisme, l’Industrie et les Ressources. Un double rendez-vous qui promet de dessiner les contours de l’Afrique de demain. La RDC, acteur incontournable du dialogue continental. Au cœur de cette grande messe des experts, la République Démocratique du Congo fait entendre sa voix. Une délégation de poids, composée des experts du Ministère du Commerce Extérieur, de la Banque Centrale du Congo (BCC) et de la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA), porte haut les couleurs du pays. Présence active, participation engagée : la RDC ne vient pas simplement assister. Elle vient contribuer, négocier, influencer les orientations qui façonneront l’architecture financière et commerciale du continent. La DGDA sur tous les fronts La présence de la DGDA à ce rendez-vous illustre l’importance stratégique des douanes dans l’architecture de l’intégration régionale. Contrôle des flux, sécurisation des recettes, facilitation des échanges : ses experts apportent leur pierre à l’édifice d’une Afrique qui se construit par le commerce et la coopération.

690,8 millions USD récupérés pour le Trésor public : l’IGF signe un coup de maître dans le secteur minier

Dans l’ombre des grandes manœuvres financières, il est une institution qui veille, contrôle et frappe là où personne ne l’attend. L’Inspection Générale des Finances (IGF), bras armé de la transparence budgétaire, vient de réaliser un exploit qui mérite d’être salué : 690,8 millions de dollars américains sécurisés au profit du Trésor public. Un chiffre qui donne le vertige. Une performance qui ne doit rien au hasard. Dans les entrailles du secteur minier, une traque minutieuse C’est en plongeant dans les arcanes des crédits de TVA accordés aux géants de l’industrie minière que l’IGF a fait mouche. Ce secteur, véritable poumon économique du pays, est aussi un terrain miné où les dérives guettent à chaque coin de bilan. Pendant des mois, les équipes de l’IGF ont passé au crible les déclarations, les remboursements, les exonérations. Elles ont traqué l’anomalie, débusqué l’erreur, corrigé le tir. Et au bout du compte : 690,8 millions USD qui auraient pu s’évaporer dans les méandres d’un système parfois poreux. Une victoire pour les finances publiques, une leçon pour les opérateurs Ce montant récupéré, ce n’est pas une simple ligne comptable. C’est des écoles, des routes, des hôpitaux qui pourront être construits. C’est une marge de manœuvre pour l’État qui, dans un contexte budgétaire sous tension, ne peut se permettre le moindre gaspillage. Mais c’est aussi un message : les temps où l’on pouvait jouer avec les règles sont révolus. L’IGF est là, et elle fait son travail avec une rigueur qui force le respect. Le mandat de l’IGF, une mission de salut public Conformément à l’ordonnance qui régit son fonctionnement, l’IGF ne se contente pas de contrôler. Elle prévient, détecte, corrige. Elle est le gardien invisible d’une orthodoxie financière sans laquelle aucun développement durable n’est possible. Avec cette opération, elle prouve une fois de plus que ses missions de contre-vérification ne sont pas un vain mot. Elles sont un rempart contre la gabegie, un bouclier pour le contribuable. 690,8 millions USD : un record, mais pas une fin Ce résultat spectaculaire ne doit pas être vu comme un aboutissement, mais comme une étape. Parce que la lutte pour la transparence est un marathon, pas un sprint. Parce que les recettes publiques sont un bien précieux qui mérite toute la vigilance de l’État. L’IGF a montré la voie. À d’autres institutions de suivre le mouvement En bref : Derrière ce chiffre vertigineux, il y a des femmes et des hommes qui, dans l’ombre, travaillent à préserver l’avenir financier du pays. Et ça, ça n’a pas de prix. ✍️ KIDIMBU POP

Budget 2026 : pourquoi le Sénat vient-il de revoir les chiffres à la baisse ?

Le lundi 22 juillet 2026, le Sénat a définitivement adopté le projet de loi de finances rectificative pour l’année en cours, après un travail d’harmonisation entre les députés et les sénateurs. Ce texte est désormais approuvé dans les mêmes termes par les deux chambres du Parlement, ce qui lui ouvre la voie vers sa promulgation. Mais que signifie concrètement cette adoption pour le citoyen ordinaire ? Décryptage d’un exercice budgétaire souvent méconnu mais aux conséquences bien réelles. Un budget revu à la baisse : moins de recettes, moins de dépenses Le budget du pouvoir central pour 2026 a été révisé à la baisse. Il passe de 54.335,8 milliards de francs congolais prévus initialement à 50.886,3 milliards, soit une diminution de 6,4 %. Cette révision n’a rien d’exceptionnel : il s’agit d’un exercice courant que l’on appelle la loi de finances rectificative. En cours d’année, les prévisions initiales peuvent s’avérer trop optimistes ou trop pessimistes, parce que les recettes fiscales sont moins élevées que prévu ou parce que certains besoins urgents apparaissent. Le gouvernement doit alors ajuster ses comptes en cours de route pour rester en phase avec la réalité du terrain. D’où viendra l’argent qui alimente ce budget ? Pour financer ce budget revu, l’essentiel des recettes proviendra du budget général, à hauteur de 45.420,8 milliards de francs congolais. À cette somme s’ajoutent 892,1 milliards pour les budgets annexes, qui concernent des services publics spécifiques, et 4.553,4 milliards pour les comptes spéciaux, qui sont des caisses dédiées à des projets particuliers. En clair, l’argent public provient principalement des impôts et taxes payés par les entreprises et les ménages, mais aussi de sources plus spécialisées comme les redevances ou les fonds affectés à des missions précises. Des dépenses réaménagées : les investissements trinquent, la dette pèse plus lourd Face à cette baisse des recettes, le gouvernement a dû revoir ses priorités de dépenses. Le constat est clair : les marges de manœuvre se réduisent. Les crédits destinés aux équipements et aux investissements subissent une coupe sévère de 55,4 %, ce qui signifie que de nombreux projets d’infrastructures ou d’achats de matériel seront retardés ou abandonnés. Par ailleurs, les remboursements du capital de la dette publique diminuent légèrement de 2,4 %. En revanche, d’autres postes de dépenses augmentent : les frais financiers liés aux intérêts de la dette progressent de 27,1 %, les prestations sociales ou autres allocations augmentent de 18,3 % et les transferts vers les provinces ou les collectivités locales grimpent de 4,1 %. Ces évolutions montrent que l’État consacre une part croissante de ses ressources à des dépenses qu’il ne peut pas facilement réduire, comme le service de la dette, ce qui réduit d’autant sa capacité à financer de nouveaux projets. Un arbitrage difficile entre rigueur financière et développement Cette révision budgétaire illustre un dilemme classique pour les pays en développement : comment concilier la nécessité de maîtriser les finances publiques avec l’urgence de soutenir la croissance et les besoins sociaux ? Lorsque les recettes se contractent et que les charges incompressibles comme la dette augmentent, l’État se trouve contraint de rogner sur les investissements d’avenir. L’enjeu pour les mois à venir sera donc de maintenir les grandes priorités de développement, qu’il s’agisse de la construction de routes, de la santé, de l’éducation ou de l’énergie, avec une enveloppe budgétaire plus serrée qu’espérée. La qualité de l’exécution du budget, c’est-à-dire la capacité à dépenser efficacement chaque franc disponible, deviendra plus cruciale que jamais pour éviter que ces coupes n’affectent trop lourdement la vie quotidienne des citoyens. ✍️ KIDIMBU POP

Connexion capricieuse comme la pluie en saison sèche, monnaie 100% numérique : la BCC joue-t-elle avec le feu ?

Le 1er juillet 2026 restera une date symbolique dans l’histoire monétaire européenne. Ce jour-là, la Suède, ce pays scandinave souvent cité en exemple pour sa transformation numérique fulgurante, a pris une décision qui a surpris bien des observateurs : remettre en circulation massive l’argent liquide. Une véritable révolution silencieuse pour une nation qui avait presque érigé le paiement sans contact en art de vivre. Pourquoi ce revirement spectaculaire ? La réponse tient en un mot, vulnérabilité. Les autorités suédoises ont pris conscience que leur système financier, ultra-dépendant des technologies, reposait sur un équilibre précaire. Une panne électrique généralisée, une cyberattaque d’envergure ou un acte de sabotage visant les infrastructures numériques suffiraient à paralyser l’ensemble des transactions du pays. En ramenant les billets et les pièces dans les porte-monnaie, Stockholm se dote d’un filet de sécurité, une bouée de sauvetage en cas de défaillance des systèmes électroniques. La RDC, un géant aux pieds d’argile numérique À des milliers de kilomètres de là, en République démocratique du Congo, le paysage financier dessine un tout autre tableau. Ici, la fameuse phrase « La connexion pose problème ! » résonne comme un leitmotiv dans les agences bancaires. Les distributeurs automatiques tombent en panne, les terminaux de paiement s’éteignent, et les opérations en ligne se transforment en parcours du combattant. La fragilité des infrastructures numériques congolaises n’est plus à démontrer. La Société congolaise des postes et télécommunications a récemment annoncé des perturbations liées à un incident technique survenu au large d’Abidjan, affectant les câbles sous-marins qui acheminent une partie importante du trafic internet du pays. En janvier dernier, une défaillance similaire sur le câble WACS avait déjà provoqué des désagréments majeurs. Ces épisodes successifs révèlent une vérité gênante : la connectivité congolaise tient à un fil, celui de partenaires internationaux dont les ajustements techniques peuvent plonger tout un pays dans le brouillard numérique. Le pari audacieux de la Banque centrale Dans ce contexte déjà fragile, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a annoncé une mesure qui fait trembler les acteurs économiques du pays : l’interdiction des transactions en espèces en devises étrangères dès avril 2027. Fini le dollar, l’euro ou le yen sous forme de billets. Toutes ces opérations devront désormais s’effectuer par voie électronique. Une décision qui soulève une question fondamentale : comment imposer un système entièrement numérique dans un pays où la connexion internet est aussi capricieuse que la pluie en saison sèche ? La BCC a-t-elle pris la mesure des défis techniques qui l’attendent ? Les banques, déjà confrontées quotidiennement à des interruptions de service, pourront-elles garantir la continuité des transactions ? L’économie informelle dans la tourmente Mais au-delà des considérations techniques, c’est tout un pan de l’économie congolaise qui risque d’être bouleversé. Avec 88% de l’activité économique évoluant dans l’informel, la décision de la Banque centrale frappe de plein fouet les cambistes des rues de Kinshasa. Ces quelque 50 000 « maboko bank » – ces changeurs à la sauvette qui animent les trottoirs de la capitale voient leur avenir compromis. Ces hommes et ces femmes ne sont pas de simples spéculateurs. Ils constituent le poumon d’un système parallèle qui permet aux petites et moyennes entreprises d’accéder aux devises, dans un pays où le système bancaire formel reste inaccessible pour une grande partie de la population. Leur disparition programmée pourrait créer un vide immense, que les structures officielles ne seront peut-être pas en mesure de combler. Un secteur financier sous tension Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 14 banques, 445 points de service, 287 institutions financières, 101 structures de microfinance… Tous ces acteurs, qui représentent l’ossature du système financier congolais, voient leur modèle économique menacé. Près de 70% de ces institutions sont concentrées dans seulement trois provinces, laissant le reste du pays dans un désert bancaire. L’extinction des transactions en espèces en devises pourrait aggraver cette disparité et priver des millions de Congolais d’accès aux services financiers. Deux chemins, une même interrogation La Suède et la RDC, deux mondes que tout oppose, se retrouvent pourtant face à une même interrogation : quel rôle doit jouer l’argent liquide dans nos sociétés ? Les Suédois, après avoir goûté aux délices du tout-numérique, redécouvrent les vertus du papier et du métal. Les Congolais, eux, sont invités à sauter le pas vers une modernité que leurs infrastructures ne sont pas prêtes à accueillir. La leçon de cette comparaison est peut-être celle-ci : la numérisation de l’économie n’est pas une fin en soi, mais un outil au service des populations. Et comme tout outil, elle doit être adaptée aux réalités du terrain, sous peine de devenir un fardeau plutôt qu’une solution. La Suède a eu le courage de reconnaître les limites de son modèle. La RDC, dans son élan vers la modernité, saura-t-elle faire preuve de la même lucidité ? ✍️ KIDIMBU pop